jeudi 28 septembre 2017

Broderie blanche et dentelles à l'Hôtel Demoret à Moulins


J'avais déjà écrit un article l'an dernier sur le Musée des visitandines de Moulins. Il est toujours possible de s'y reporter !

Tous les ans, le Musée des Visitandines de Moulins organise une exposition temporaire sur un thème précis, afin de "sortir" des réserves des pièces d'exception appartenant au patrimoine du Musée. Cette année, le thème est "la dentelle". Je n'avais pas spécialement prévu de la visiter, me réservant pour l'an prochain et le thème de la broderie. Mais Moulins étant sur le trajet de retour (après la visite de Luxeuil-les-bains), nous y avons fait une halte. Je suis loin d'avoir été déçue car, ainsi que je l'espérais, la dentelle est souvent associée à la broderie et je peux dire que dentelles et broderies m'ont éblouie !

Je vous renvoie à l'article paru dans le journal "LA MONTAGNE" du 17 mai et au DOSSIER DE PRESSE du site du Musée. Ils sont très bien faits et il ne sert à rien que j'en fasse la paraphrase. Mais je vous en donnerai des extraits plus loin.

Une petite remarque sur la muséographie de l'exposition qui se veut sans doute moderne mais qui (pour moi !) ajoute une débauche de couleurs criardes non nécessaires à la mise en valeur de ces merveilles.

A l'appui de ce que j'avance : la magnifique robe semble perdue dans son décor
 
Les tableaux de peintres, par contre, nous mettent bien dans l'ambiance historique correspondant aux ouvrages exposés.




Parmi une centaine de photos, j'ai fait difficilement une sélection mais il est bien évident que rien ne vaut le plaisir de visiter l'exposition !

Extraits du dossier de presse :


L'exposition "Modes et dentelles à la Visitation permet de découvrir ces techniques mais surtout d’admirer l’extravagante précision des dentellières au travers de 150 œuvres. Ces pièces d’exception ont été dentelées par les plus grands ateliers de l’Europe entière ou parfois par des religieuses particulièrement douées, depuis la fin du 16ème siècle jusque dans les années 1960.

 

On pourrait s’étonner de trouver de tels trésors dans des couvents féminins. Pourtant, bien que cloitrées, les visitandines sont en lien avec la société civile dont elles sont issues. Quand elles reçoivent en cadeau des volants de robes ou de précieux accessoires vestimentaires, qui, démodés, ne peuvent plus être portés en société, elles les transforment pour la liturgie divine. Ces femmes connaissent la valeur vénale mais aussi de prestige de ces dentelles de lin ou d’argent et d’or et sont fières de les offrir à leur tour à Dieu.
 
Dentelles de mode, mode des dentelles
Le visiteur est accueilli par l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui pose avec ses dames d’atour dans un cadre bucolique. Durant le Second Empire, la mode est influencée par celle de la fin du XVIII° siècle, à l’image de la robe de bal présentée en préambule, sortant de la Maison Vignon à Paris, « fournisseur de l’impératrice ».


Robe Second empire Paris 1862

Sur ses contours arrondis se déploient des mètres de dentelle mixte à l’aiguille et aux fuseaux, preuve que dentelle, mode et luxe sont intimement liés.
Les prêtres et les évêques, malgré leur statut particulier dans la société, sont influencés par la mode de leur temps. Ainsi, le visiteur découvrira avec surprise que les vêtements de chœur des prélats sous le Second Empire sont embellis des mêmes dentelles que celles portées à la cour et dans les salons. Le fameux « Point de gaze » de Bruxelles, aux élégantes fleurs et branches de groseilliers, ornent les corsages et les jupes mais aussi les aubes et rochets."
 
 

 
 
 
 

La dentelle dans le vêtement

Robe du Bambino de Prague. (statuette de l'enfant Jésus à Prague) Satin de soie, applications de dentelle aux fuseaux sur tulle mécanique






Gilet de soie pour homme vers 1770. Tulle sur métier rebrodé au point de Beauvais.





"Bluette d'Artois" Cire taffetas de soie, crin, dentelle, 1911

"L'évaporée" cire, taffetas de soie, crin, dentelle aux fuseaux, 1911
Tunique d’époque Directoire Bruxelles aux fuseaux

Bruxelles aux fuseaux 1799-1801


 La dentelle dans les vêtements sacerdotaux et le linge d'église








Nappe de communion aux précieuses combes. Dentelle : tulle rebrodé à l'aiguille. 1910-1920






Pale de calice (La pale est une pièce carrée très rigide, d'environ 12 à 15 cm de côté. Elle est destinée à être posée sur le calice pendant la messe afin de protéger son contenu ) : un peu de peinture à l'aiguille.


Volant aux gerbes de fleurs. Dentelle : Carrickmacross (application de mousseline sur tulle) France ou Angleterre, 1890-1920.

Magnifiques motifs de grenade et raisin






Aube aux lys Art nouveau. Dentelle : broderie Richelieu (aiguille) France 1880-1920


Volant Art Déco aux lys et roses stylisées. Dentelle : broderie Renaissance(aiguille) France 1925





Velours de soie peint Orthez, début du XXe


Rochet (Sorte de surplis blanc à manches étroites, que portent les évêques et divers autres ecclésiastiques) de Monseigneur Rouard. Dentelle : point de rose (aiguille) Belgique fin du XIXe 




idem






Tenue de chœur d'un chanoine d'Arras. Détail du rochet : dentelle de Bayeux à fils coupés vers 1870


idem


Volant aux carrés filet rebrodé 1890-1910



J'aime beaucoup l'effet produit par ce motif de feuille qui coupe la ligne de jours



Détail d'une bordure


Dessus de thabor (piédestal recouvert d'une pièce de tapisserie où l'on pose le saint sacrement) aux "cousines germaines" Dentelle : Valenciennes et Binche. France te pays -bas espagnols 1730-1740







Pavillon de ciboire ( Le ciboire est un vase sacré, utilisé dans plusieurs liturgies chrétiennes. Lorsqu'il contient des hosties consacrées, il doit être revêtu du pavillon, étoffe circulaire de tissu blanc ou doré, souvent en soie brodée)
Ici, il s'agit de dentelle de Luxeuil sur drap d'or. Point de gaze et point plat de Venise. France 1880-1900


Voile de reposoir du Jeudi Saint. Luxeuil, motif de broderie au feston. France 1880-1900

Détail


Nappe de communion broderie au plumetis sur linon. France XXe siècle



Nappe de communion aux sorbiers. Dentelle : duchesse de Bruges (fuseaux à) fils coupés et à pièces rapportées). Bruges, 1860-1870.




Motif champêtre. Plumetis et Valencienne aux fuseaux. France 1890-1900

Bibliographie :
Le Musée a édité en mai 2017 un très beau livre correspondant au contenu de l'exposition :
 
 

 

vendredi 22 septembre 2017

Luxeuil etc...


Je remercie toutes les personnes qui m'encouragent dans la poursuite de mon blog et, entre autres, Marianne, une lectrice qui m'a fait part de ses réflexions après la publication de mon dernier article concernant le Conservatoire de la broderie de Luxeuil. Soit dit en passant,  je conçois mon blog comme un lieu d'échanges et je suis très heureuse des apports extérieurs, un peu trop rares malheureusement, mais je ne désespère pas !

J'ai pensé vous faire profiter des informations données par Marianne :

Voici ce qu'elle me dit :


"Merci pour ce reportage sur le Luxeuil, injustement méconnu, voire dénigré à cause des mauvaises copies asiatiques.
Vous avez fait de belles trouvailles: il s'agit effectivement de modèles anciens, édités quand on trouvait encore de nombreuses sortes de lacets. Certains étaient même faits à la main aux fuseaux. C'était bien avant les lacets "modernes" qui comportent des fils de fronce sur les bords."

 

Puis :

"Voici un col en Luxeuil brodé il y a une centaine d'années. Les points sont très ordinaires voire grossiers, le plus important, ce sont les lacets. Ils sont tissés très fin, sans fils de fronce. Le lacet droit est large de 5 mm tout compris, celui en vagues de 8mm, avec un jour entre la partie arrondie et la lisière d'accroche (...) "

 

Voici les deux photos envoyées par Marianne :


jeudi 14 septembre 2017

Le Conservatoire de la dentelle de Luxeuil




De Fontenoy-le-Château à Luxeuil, il n'y avait qu'un pas...

 
...qu'il aurait été dommage de ne pas  franchir  pour aller visiter le Conservatoire de la dentelle de Luxeuil !

Je connaissais le principe de cette dentelle par avance : il s'agit de partir d'un lacet de dentelle  mécanique de 1cm de large environ, de le fixer sur le modèle et dans un deuxième temps, de remplir les espaces  en y brodant des fonds ou points de remplissage.

Il s'agit donc d'une dentelle à l'aiguille puisque l'on n'utilise pas de fuseaux.
J'avais un peu l'idée que ce n'était pas une dentelle fine, ce en quoi la visite du Conservatoire m'a détrompée.

La petite ville thermale de Luxeuil-les-bains en Haute-Saône est pittoresque et la promenade y est agréable.
 


 
Le Conservatoire est installé dans le cadre de l'Abbaye qui jouxte la Basilique dans le centre historique de la ville.
 


 
 Le Conservatoire comprend deux salles, la première (ci-dessus) pour l'exposition, l'accueil et la vente. Dans la seconde, les dentellières font de la démonstration ou prennent des cours. Leur accueil est très sympathique. Elles expliquent aux visiteurs les étapes de leur travail, montrent le détail de tel ou tel point et tout cela dans la bonne humeur. On sent bien qu'elles sont dans une dynamique de transmission et de sauvegarde du savoir-faire... Elles réalisent un certain nombre de pièces en dentelle de Luxeuil qui sont vendues au profit de l'association.

Pour la documentation, elles vendent deux livrets :
 
Dans celui-ci, tous les aspects techniques sont expliqués clairement.

 
Le second livre porte davantage sur l'histoire de la dentelle de Luxeuil.

 
Signalons aussi le livre Le Luxeuil aux Editions Didier Carpentier (2001)


 
Ce dernier présente des aspects techniques ainsi que de nombreux modèles.
 

Au début de cet article, je disais que j'avais changé d'avis concernant cette dentelle. En effet, outre que les auteurs du 1er livre attirent l'attention sur l'existence de "faux Luxeuil", plutôt grossiers, je me suis rendu compte que les pièces exposées étaient d'une grande finesse et d'une très belle facture. Je vous laisse en juger, sachant que malheureusement les photos ne donnent qu'une petite idée de la réalité, surtout quand on est photographe amateur !
Mon propos est plutôt de donner envie d'aller voir sur place !

 

 
Un même dessin mais 6 façons différentes de l'interpréter :
les points de remplissage et leur disposition sont différents d'un napperon à l'autre.










Les différentes étapes du travail :




C'est d'abord le montage du modèle : trois couches de papier permettent un bon maintien :
- Un papier kraft
- Le tracé du modèle
- Un papier cristal de couleur

 

Ensuite, on monte le lacet : on le bâtit sur le tracé ; on procède à la fixation des points de rencontre entre les lacets pour un bon maintien de l'ensemble de l'ouvrage.
  • Puis c'est la broderie proprement dite dans chaque espace vide. Il existe des dizaines de points de remplissage aux noms aussi variés que "nid d'abeille", "alvéole", "coquille", "fougère", "rivière", "moustique", "vous et moi", "fond de panier" etc...
  • Enfin, quand tout est brodé, c'est le démontage de l'ouvrage  en ôtant le fil du bâti : l'ouvrage est libéré de tous ses supports.



  •  
     
     
    J'ai trouvé en brocante, il y a longtemps, deux modèles de ce que je pense être du Luxeuil. Mais je n'en suis pas sûre ! Peut-être quelqu'un pourra-t-il me le confirmer ?
     
    La matière ressemble à une toile enduite très fine.
    Le premier modèle sur toile enduite écrue, mesure environ 1m sur 60cm.
     
     
     




     
      le second sur toile enduite bleue, mesure 37cm de côté
     
     





     
    Sur ce gros plan, on peut encore voir les trous d'aiguille pour le bâti !